100 kms de Millau (26 Septembre 2015)

Voilà un sacré défi pour les taras...

Bouzid, Eric et Pierre-François : même pas peur...

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Ils ont écrit l'une des plus belles pages de notre tout jeune club...

Quelques mots de PF, finisher, 13h19m3s :

"Merci à tous pour vos encouragements. Merci à la famille Nicolle et Yamina pour être venu et nous encourager. Enfin, aux super suiveurs yaya et éric vraiment au top. Course mythique qui ne peut être décrite mais se vivre. Car comment comprendre et expliquer qu'à st afrique aux 60 kms mes pieds m'avaient lâché et que le mental me poussa dans la nuit noire à revenir sur Millau dans la douleur et 40kms c'est très très long!!! Température, paysage magique, nuit douce avec pleine lune….comme dans le sillage d'un bateau qui doit entrer au port. Entraide, partage, humilité font de cette épreuve, un mythe. Enfin, la veille en voiture nous avons affronté à Tiergues la légende, et le lendemain, nous faisions profil bas. Et la légende seule la nuit…….elle m'a fait très mal. Quel bonheur d'avoir couru 60 bornes avec les 2 érics,  tout était super, et bien drivé par notre coach eric….ensemble même aux toilettes improvisée! Je souhaite à tous de faire et réussir cette épreuve à part."

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Quelques mots de Bouzid, finisher, 10h02m22s, top 100 (86ème), à 2 minutes du mur des 10h, énorme...

" Avant tout merci à toutes et tous pour votre soutien et encouragements .
Merci aux suiveurs( Yannick et Éric ) qui nous on apporté une aide et un soutien exemplaires !
Merci aux accompagnatrices, notre fan club ( Rose, ses filles et Yamina ) elles nous ont soutenu et encouragé jusqu'au bout de la nuit !

Voilà trois taras ont terminé une épreuve de fou!
Les 100 km de Millau! Avec un dénivelé de 1200 m
Les tarahumaras n'abandonnent pas même avec la douleur et la fatigue... Jusqu'au bout on n'a rien laché pour terminer cette lourde épreuve physique et mentale !! dur dur !
Voilà Éric, Pierre François et Bouzid les taras qui sont finisher et donc des 100 bornards !!! "

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Enfin, un magnifique résumé d'Eric, finisher, 12h48s :

" A tous un petit résumé de notre course mythique,

Merci à Yannick, pour s'être occupé de l'intendance et de l'accompagnement de Bouzid,

merci à Eric, d'avoir pris de son temps pour me supporter sur 12h d'affilée,

merci à Yamina et Rose pour leur gentillesse et leur patience.

Passés les préparatifs du voyage, l'heure du stress à sonné lorsque nous avons récupéré les dossards...

100km de Millau inscrit sur le dossard, là on y est.

On a beau se préparer mentalement, en ce qui me concerne j'ai pris conscience de l'énormité de l'épreuve.

Déjà, lors du trajet lorsque nous sommes passés par St Afrique pour rejoindre Millau, nous avons fait les 29 km de la fin du parcours, les plus durs.

Nous visualisions alors, les difficultés qui nous attendraient après avoir 71km dans les jambes.

10h samedi

Ambiance bonne enfant, il fait beau, 1800 sportifs prêt pour L'épreuve d'endurance.

PF est serein, Bouzid tendu, mois j'intériorise mon émotion et prends conscience de ce qui se révèlera une redoutable course.

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On ne peut pas rêver mieux pour un footing matinal, beau temps frais pas de vent !

C'est parti, le départ est donné, Bouzid nous salue de son sourire légendaire, nous ne le reverrons que tard ce soir...

Nous avons sur les conseils de Pierre-François, opté pour placer nos suiveurs non pas au km 7 comme prévu par le règlement de la course, mais au km 10 de manière à ne pas se perdre ou se louper lors du passage comme cela arrive.

Ce paysage magnifique qu'offre l'Aveyron, nous permet de prendre beaucoup de plaisir à courir, avec PF à 10km maxi, c'est dur de se freiner pour ce rythme de départ.

Rester "en dedant" sera le maître mot!

Pas d'excès, pas d'euphorie, la route va être longue, très longue.

KM 10

Eric nous attend.

Une longue journée se profile pour lui aussi, et vous me connaissez, précautionneux j'ai chargé son sac à dos au maxi pour ne manquer de rien, mais je me rends compte que j'ai peut-être exagéré...

Sa présence nous rassure, PF s'étant inscrit à "l'arrache" pas de suiveur pour lui, heureusement nous allons faire un bon bout de chemin ensemble.

La boucle autour de Millau se passe sans problème, nous avons un réel plaisir à courir, beaucoup de monde sur cette partie car un marathon est organisé concomitamment aux 100 bornes.

Les paysages toujours aussi beaux et arrivés en limite du département du Tarn, nous faisons un retour sur Millau, pour rejoindre la salle des fêtes et commencer réellement la course.

PF en profite pour changer de chaussures, moi je reçois les encouragements de mes proches par l'intermédiaire de Yamina et Rose qui font le relais.

Visage crispé pour PF, qui revoit dans cette deuxième partie son abandon de 2010...

La montée au pied du VIADUC est à couper le souffle.

8% d'une route droite comme un I, sous un soleil qui chauffe, et en tout en haut, le VIADUC majestueux.

Nous décidons de marcher sur cette portion de 1km, ne voulant pas nous mettre dans le rouge car le dur de la course ne fait que commencer.

La récompense est en haut sous cette merveille d'architecture, le panneau des 50km!

Nous récupérons car si nous avons marché dans cette cote, c'est avec une allure soutenue. Je ressens bien la satisfaction de Pierre, qui comprend que cette année est la bonne. Il passera les 50km sans dire un mot, mais la rage de finir est marquée sur son visage, et je suis content pour lui.

Moi j'appréhende, je me sens bien, mais jamais dans ma vie de sportif, je n'ai jamais été aussi loin, 50km c'est déjà bien, il en reste autant.

La descente vers St Georges de Luzençon est interminable, les quadri commencent à se manifester ; un échange avec PF me confirme que c'est dur pour lui aussi.

Le ravitaillement dans le centre du village nous fera du bien.

Une longue ligne droite faux plat montant nous attend, avant le "mur" de St Rome de Cernon.

Je me sens bien, je déroule ma foulée, suis un peu euphorique de voir mon corps bien préparé, prêt à encaisser le dénivelé sévère qui nous attend, nous l'avons repéré la veille en voiture.

Je m'inquiète pour Pierre-François, plus de son c'est pas bon signe!

J'ai peur de le voir défaillir, son mal au pied ne cesse de le relancer, je comprends alors qu'il va me falloir prendre une décision.

Nous voulons Eric et Moi l'accompagner jusqu'au bout du challenge, ne pas le voir abandonner, mais nous comprenons que le rythme que je m'impose lui cause de la souffrance, alors je me mets en dedans, mais rien n'y fait ; il va falloir le laisser seul, gérer sa course, et ne pas lui imposer la mienne.

Au ravitaillement de St Rome, je vois dans son geste lorsque je l'attends, mon ami de 60km qui m'accorde son pardon de ne pas l'attendre, et qui préfère gérer son mal, lui qui avait envie d'en découdre dans les montées difficiles, devra me laisser partir.

Eric, après l'avoir ravitaillé en eau et en barres et gels, me rejoindra, triste de le laisser en arrière.

La course continue malgré tout, j'ai envie d'aller au bout, je me le suis promis.

Montée vers TIERGUES.

Un vrai col que je préfèrerais monter à vélo, mais je ne prendrai pas pour autant la place de Eric qui assure dans la montée, toujours autant chargé.

Je me calque sur la course d'une concurrente, qui marche deux minutes et cours quatre. Elle me permettra dans un bon rythme de vaincre ce col, difficile sous un soleil de plomb.

PUNCH POWER, ça c'est bon, j'en ai bu 5 litres pendant la course, fraise des bois ou thé pêche au choix d'Eric toujours à mon coté, prévoyant, discret ; la gentillesse même.

Descente abominable vers St AFRIQUE.

J'exècre les descentes!

Si Bouzid descend à 13 km, moi il me semble que je vais moins vite qu'en montant.

Les quadri souffrent, mes orteils sont douloureux, je prends sur moi, St Afrique n'est pas loin, le retour sera salvateur pour le moral.

Mais quel bonheur d'apercevoir nos amis Bouzid et Yannick sur le chemin du retour en sens inverse!

Une accolade, une étreinte de bonheur après tant de souffrance nous fait du bien.

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Bouzid est frais, toujours le sourire aux lèvres avec un Yannick déchainé qui vit la course à 200%.

Mais il ne faut pas nous attarder, le retour vers Millau va être terrible.

ST AFRIQUE KM 71

Il est un peut plus de 20h lorsque je rejoins avec Eric St AFRIQUE.

J'ai froid, très froid.

Je décide de me changer, j'abandonne la TRI (merci Jean-Louis H) et je mets le short tara, le tee shirt tara, mets une casquette.

Je ne vais pas au ravitaillement, je prends une barre et un gel, que j'ai du mal à avaler, mais je sais qu'il le faut sinon je n'irai pas au bout.

Bien sur il ne reste que 30 bornes, je me motive, mais je sais que la descente vers ST AFRIQUE il va falloir la remonter.

Je ne m'attarde plus, je ne veux pas laisser la place au doute, je suis déjà reparti sans même prévenir Eric, je rentre dans un état second, je le sens, je me connais.

Le soleil rasant au couchant laisse nos ombres courir devant nous, comme pour nous indiquer la direction à suivre, j'ai toujours aussi froid.

J'alterne course et marche comme je l'ai fait sur la partie difficile de TIERGUES, et ça fonctionne.

J'ai l'impression d'être encore dans la course, mais le plaisir n'est plus dans la course, il réside dans la réaction de ce corps qui accompagne mon mental, sans vouloir le décevoir.

J'ai des frissons, est-ce le froid ou ce plaisir connu de nous seul, lorsque nous nous retrouvons face à nous même.

"Ca va?"

Eric s'inquiète, et il a raison.

J'ai peur qu'il décèle une défaillance de ma part, un visage marqué. 

Je me surprends à lui mentir, je lui dis que tout va bien mais je sais que je vais souffrir.

Mon corps tremble, et c'est pas bon du tout.

La fraicheur du soir n'arrange rien à la fagigue, il faut que je me couvre beaucoup plus.

Eric mon sauveur va me préparer mes affaires plus haut, de manière à ce que tout soit prêt.

j'enfile un tee shirt sous le tee shirt tara, mets mes manchettes, mon bonnet et le coupe vent que Eric a pris pour lui et qu'il me demande de mettre en plus, je l'accepte.

la frontale sur la tête, je repars, je sens Eric inquiet, mais je ne veux pas le décevoir, je ne le décevrai pas.

Le haut du col est enfin là, la descente du col va être douloureuse je le sais, je m'y prépare.

L'enfer pour les quadri. Les orteils buttent contre le bout des chaussures, je continue, je ne m'arrêterai pas.

Le faux plat descendant de St ROME à ST GEORGES va me réconcilier avec la course à pied.

Je n'ai plus froid, l'allure est bonne, le cardio est bas, je dévale les 12km dans la nuit à la frontale avec Eric à mes cotés, il m'encourage mais je ne l'entend pas ; MILLAU m'obsède.

KM 88

Ravito de ST GEORGES

Une bonne soupe chaude me fait du bien, j'ose penser à être un centbornard...mais il reste la cote du VIADUC et j'ai vu en descendant marqué au sol km 90 dans le sens retour...

Je me motive et ne tarde pas au ravito, je veux marcher sur ce km 90 inscrit au sol, après j'égrènerai les km du 10 au 0.

Je pars sans m'inquiéter de Eric, je ne suis plus vraiment moi-même, il me rejoindra quelques centaines de mètre plus tard, excuse moi Eric.

Je sens cette force en moi qui va m'accompagner, je suis euphorique j'attaque la cote comme si c'était la première cote de la journée, j'envoie j'ai les jambes qui suivent, le souffle court qui parfois, me demande de marcher.

Je l'écoute mais pas longtemps, et je repars aussi décidé en courant, Eric me fait part de sa satisfaction de me voir aussi motivé, je suis heureux de le voir fier de moi.

Nous arrivons au VIADUC, Millau est en bas tout illuminé.

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Le compte à rebours a commencé.

Nous ne sommes pas loin du Graal !

ll faut savourer ces derniers km, j'en fait part à Eric qui est tout aussi heureux que moi de toucher au but.

Je n'ai plus mal, je n'ai plus froid, je me refais la course dans ma tête, je pense à vous tous, à ma famille, je regarde ma montre presque 12h de course à pied non stop, dans quelques minutes je serai un centbornard, je suis heureux.

Nous échangeons chaleureusement avec Eric, le parc est là, le panneau des CENT est visible, ça y est, c'est gagné!

Vient à ma rencontre Yannick complètement hystérique, il me fait rire ou pleurer je ne sais pas, mélange mélancolique d'avoir fait l'exploit qui n'est plus à faire.

Merci à tous pour votre soutien,

Vive le sport!

vive les tara!"

Le mot de la fin pour l'autre Eric, suiveur d'Eric, presque co-équipier...

" Vu de l’intérieur, un truc de fou Millau ! beaucoup plus une épreuve pour son mental et ses jambes qu’une course.. nos trois taras sont allés au bout d’eux-mêmes pour finir et ça c’est déjà énorme quelque soit le temps ! respect !!

vivre la course dans la nuit au milieu des coureurs sous la lumière de la lune c’est magique, merci à vous messieurs !
un autre truc : s’il y a un viaduc à Millau, c’est qu’autour c’est pas plat du tout ;o)
après avoir compté les kilomètres hier avec eux, je leur laisse conter leur aventure !
 
l’un (zero-bornard) : t’as fait quoi samedi ?
l’autre  (cent-bornard) : ben j’ai couru...
l’un : ah ok.. oui mais après... t’as fait quoi ?
l’autre  : ben j’ai couru...
l’un : .... (silence) .... ok mais après ... t’as rien fait ?
l’autre  : ben si .... (silence)... j’ai continuer à courir....
l’autre : ah ... et donc après t’as rien fait ???
l’autre : ah ben si après... mais vraiment après.. là.. j’ai dormi ;o) "
 
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