La DIAGONALE des FOUS (18 octobre)

GrandRaidRunion Jean Louis Hymonnet

Le Grand Raid de La Réunion 2018 / La Diagonale des Fous

Je préfère cette deuxième dénomination, car il faut être vraiment barge pour aller au bout de cette épreuve.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut rappeler pourquoi je me retrouve au départ d’une telle course.

Mon échec en 2015 est une des raisons mais ce n’est pas tout. Cette course est un mythe, elle est l’objectif de beaucoup de trailers  comme peuvent l’être Embrun ou Hawaï pour un Triathlète.

La Réunion est une île magique pour sa diversité de paysages et sa population extraordinaire, le Grand Raid est la course portée par tout un peuple, elle est le plus grand évènement sportif de l’île.

Participer au Grand Raid, implique forcément votre famille à 100% et si vous voulez aller au bout, vous aurez besoin de beaucoup de soutien et d’assistance, très peu de solitaires sont Finisher.

Lisez les CR sur Internet et regardez les vidéos de Zinzin reporter (Merci à lui pour son travail exceptionnel) pour vous faire une idée du parcours, de l’ambiance et de ce qu’il vous attend.

Je vous laisse aller sur le site du Grand Raid pour consulter le protocole d’inscription qui depuis 2 ans propose un package (Dossard assuré) ou un tirage au sort.

Il faut également valider 2 courses de 85pts (1 pts par km et 1 pts par 100m D+) entre les mois de juin année A-1 et juin année A.

On résume

  • Inscription OK (Via package)
  • Famille OK (On part en vacances à 4 dont 2 kinées, on n’est jamais trop prudent)
  • 2 Courses  85pts OK (105 GRC 10/2017 et 73 Citadelles 04/2018)
  • Certif Médical (Spécial Grand Raid) à fournir entre juin et septembre OK.
  • DOSSARD 1415 Attribué…youpii

Planifier votre séjour

Nous avons décidés de profiter de l’île avant la course, 2 à 3 jours d’acclimatation, 4 jours de petite randonnée dans Mafate pour faire découvrir ce cirque extraordinaire aux filles, quelques jours avec balades touristiques (Volcan, Trou de Fer, Côte Est) et plage du Lagon avec repos en début de semaine de la course, 4 jours de course et 4 nuits plage post course. Au total 21 jours sur l’île.

Entrainement

Seulement une course de qualif (04/2018) et l’UTPMA en juin (Arrêt après 65km), aucune course après le mois de juin. Cette option m’a permis de bien m’entrainer sans générer trop de fatigue liée au rythme des courses.

J’ai passé tous mes WE entre mi-juin et septembre dans nos Pyrénées. Sorties entre 25 et 70km avec 2000 à 5000m D+.

Récupérer le dossard

C’est le mercredi matin avant la course.

J’ai choisi d’y aller à la dernière minute pour ne pas faire de queue. Choix judicieux pour le dossard mais je n’ai pas eu le courage de faire la tournée des sponsors car la queue était d’une heure en plein soleil.

La Diagonale des FOUS (C’est parti)

Le parc de départ ouvre à 18h30 (pour un départ à 22h).

Thérèse, Charlotte et Clémence m’y accompagne dès l’ouverture. Je les laisse avec une petite boule dans le ventre sachant que notre prochain RDV est à la 1ere base de vie de Cilaos le lendemain vers 13h.

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Cette journée d’attente est la plus stressante, il faut faire très attention à ne pas perdre d’énergie car le prochain dodo n’aura lieu que dans 4 jours.

Je n’ai pas réellement d’objectif en dehors d’être Finisher mais l’expérience de JLM avec 56h en 2015 me fait dire que je dois pouvoir terminer en moins de 60h.

Quand on y réfléchi bien, 60h, en partant à 22h, c’est 3 nuits et 2 jours ½ dehors sans trop savoir si je vais pourvoir dormir un peu.

Dans le parc, la musique est à fond, je m’allonge, je mange un peu, je discute avec quelques connaissances, j’aperçois les filles derrière les barrières (Coucou…) je gamberge mais surtout il me tarde que le départ soit donné.

Jeudi 21h, tout le monde se lève et rejoint le bord des barrières donnant accès au couloir du départ. Les pros sont positionnés devant et nous suivons derrière une ligne de bénévoles jusqu’à la ligne de départ.

Jeudi 22h, le départ est donné dans une ambiance extraordinaire, 3 à 4 rangées de public applaudissent, crient, chantent durant les 4 kms du front de mer, je pars prudemment mais je n’arrête pas de me faire doubler, 3km à 5’30…je suis trop vite mais ils vont tous encore plus vite. C’est quand même un truc de fou, on part pour 168km comme des tarés !!

Heureusement, on tourne à gauche et c’est parti pour 2500m D+ sur 40km.

Je monte dans un bon rythme bien maitrisé au milieu des cannes à sucre, je garde de l’énergie.

Vendredi 0h11, 1er ravito du Domaine Vidot, je ne m’arrête pas, je suis parti avec 2,7l d’eau sur le dos suffisamment pour les 2 1er ravitos.

La bonne nouvelle est que le parcours a été un peu allongé pour éviter les grosses ravines qui généraient des bouchons les années passées.

Ce détour est efficace, mais il reste quand même une monotrace très technique qui va générer un bouchon d’1/2h (contre 2h en 2015).

Vendredi 3h18, j’arrive au ravitaillement de Notre Dame de la Paix avec 2h d’avance sur la barrière horaire. C’est Good !!

A partir de maintenant, on longe la grande ravine des Remparts en monotrace dans des champs avec beaucoup de petites montées et descentes très casse patte et quelques échelles à franchir qui génèrent quelques bouchons.

Vendredi 6h50, il fait jour depuis 1h, je pointe au Belvédère du Nez de Bœuf proche du volcan de la Fournaise, 2h40 d’avance sur la BH. C’est très good… seul problème, on est dans le brouillard à 2040m d’altitude, il fait très froid (4 ou 5°).

J’enfile une veste et je repars sans trainer.

Je passe devant une tente qui laisse échapper une odeur très agréable qui ne laisse pas indifférent l’ours qui est en moi. Je jette un œil et je vois des grosses gamelles qui fument avec du riz, des lentilles et du poulet.

2 ou 3 trailers sont assis et mangent. Je ne demande pas mon reste et je me sers une belle assiette que je déguste sur une des chaises vacantes. Je suis étonné que personne d’autre n’arrive.

Je suis requinqué, je peux attaquer la descente de 10,3km.

A la sortie de la tente, une bénévole me demande ce que je fais là avec un dossard de la Diagonale. Elle me dit que ce ravito est réservé aux équipes du relai ZEMBROCA et me demande de partir.

Je la remercie pour sa bienveillance avec un large sourire, je reprends ma route.

Vendredi 8h57, Mare à Boue, ce ravito du 50é km était le lieu de mon abandon en 2015. J’y arrive tout frais avec un moral d’acier. Je refais le plein de quelques pattes et poulet afin d’attaquer la difficile montée de 10km vers le coteau Kerveguen avec 700m D+ puis la très difficile descente sur Cilaos de 2,2km avec 750m D-.

Pratiquement au sommet du coteau, on entend un hélicoptère qui s’approche rapidement, un trailer s’est foulé la cheville, il ne peut plus marcher. Juste à côté de nous, un secouriste descend par un câble de l’hélico, enfile un harnais au blessé et les voilà tous les deux pendus au filin qui s’envolent au-dessus de nous dans un vacarme infernal. Scène surréaliste en pleine course sans trop comprendre ce qui se passe 2m au-dessus de nos têtes.

Le Coteau Kerveguen atteint, il reste la descente. Dans un petit groupe, on l’attaque en file indienne, impossible de doubler et la chute est interdite. Le rythme est bon jusqu’au 1er quart ou l’on rattrape un groupe qui va très lentement.

Impossible de doubler, on va devoir attendre le dernier quart avant de pouvoir doubler. 30’ de perdues mais rien de grave.

Après quelques passages en montée et descente (Rien n’est jamais plat à La Réunion) j’arrive au ravito de Cilaos ou je retrouve les filles avec beaucoup d’enthousiasme.

Vendredi 14h27 Cilaos 1ere base de vie 66 km, 3h15 d’avance sur la BH, je vais prendre 1h en compagnie des filles.

Je prends une douche, je me change complètement, j’ai droit à un vrai massage par Charlotte et Clémence mes 2 kinés perso et avant de repartir, je mange un plat chaud.

Une légère douleur à la gauche du genou droit commence à apparaitre en montant la jambe, pas de douleur en descente.

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Je repars tout neuf pour attaquer une partie très dure jusqu’au sommet du col du Taïbit et basculer dans MAFATE pour la 2e nuit.

La partie Cilaos - Début du Taïbit 400m D- suivi de 400 D+ sur 7km très technique me semble interminable et mange toute mon énergie.

Vendredi 18h 72km et 3800m D+, j’arrive juste avant la nuit au ravito du sentier du début du Taïbit très épuisé avec toujours cette douleur au genou droit dans les montées.

J’ai toujours 2h15 d’avance sur la BH mais le doute m’habite. J’appelle les filles les larmes aux yeux tellement je souffre pour trouver du réconfort et leurs dire que je risque arrêter, je me repose et je les rappelle pour leurs dire ce que je fais.

Elles sont repartis de Cilaos, en route pour Saint-Louis où leur voiture est garée (Elles sont montées en bus pour ne pas conduire sur la route aux 400 virages avec en plus la fête des lentilles sur Cilaos !).

Je me pose sur un mur, je regarde le WattsApp, 180 messages des Taras !! Ils sont malades, je parcours rapidement le contenu, j’en ai des frissons et à nouveau les larmes aux yeux.

En 2’, je range tout, je boucle le sac et me voilà sur l’ascension du Taïbit, j’en oublie d’appeler les filles.

Vendredi 21h13, après une montée très correcte et une belle descente j’arrive à Marla avec un moral d’acier (C’est quand même très bizarre ce changement d’état d’esprit).

Les filles voient mon pointage à Marla mais c’est trop tard, elles sont déjà remontées en voiture à Cilaos pour rien. Je ne l’apprendrai qu’à leur prochaine rencontre mais je suis vraiment désolé de ne pas avoir appelé.

A Marla,  j’essaie de trouver une place dans une tente pour dormir ½ heure mais il n’y a plus de lit de dispo et au bout de 10’ à même le sol, il m’est impossible de fermer les yeux.

Je décide de repartir et d’aller le plus loin possible sans dormir.

Samedi 1h14, Sentier scout 88km 5200m D+, j’ai enchainé pratiquement seul, la descente à La Rivière des galets, la remontée à la Plaine des Tamarins puis au col des Bœufs, la descente à la Plaine des Merles et la remontée au début du Sentier Scout, il me reste 2h45 d’avance sur la BH et je sais que si je passe celle d’Ilet à Bourse dans 8km, je n’aurai plus de problème à gérer les BH.

Je reste confiant et je file vers Ilet à Bourse sans être pris par le sommeil pour cette 2e nuit blanche.

Samedi 3h59, Ilet à Bourse 30h de course, 95km et 5400m D+ et 5200m D-, seulement 1h15 d’avance sur la BH (Il va y avoir beaucoup Out Of Time à cette Barrière).

Je n’ai pas baissé de rythme mais j’ai perdu 1h30 sur la BH (très élevée), on vient de faire 1000m de D- sans pouvoir courir avec la nuit et tellement la descente est technique.

Samedi 5h48, Grand Place les bas, seulement 50’ d’avance sur la BH, je ne traine pas même si je sais qu’à partir de maintenant avec le jour je vais pouvoir augmenter le rythme en descente et continuer à monter sans m’épuiser.

Pour sortir de Mafate, il faut aller tout là-haut au sommet du Maïdo qu’on aperçoit mais qui semble être sur une autre planète. Le problème avec Mafate c’est qu’on se fait sans arrêt MAFATER !! Et avant de réellement monter au Maïdo, il faut monter 300m D+ jusqu’à Grand Place les hauts (Le bloc) puis redescendre 400m D- à La Roche Ancrée (560m le point le plus bas de Mafate) pour remonter au Maïdo 1700m D+ (2030m point le plus haut de Mafate).

A la roche ancrée, on traverse la Rivière des Galets dans un cadre grandiose, j’en profite pour faire un plouf avant la grosse montée.

Samedi 10h08, Roche plate, la moitié de la montée de Maïdo est faite mais je reste à 50’ de la BH, il me faut accélérer le rythme en montée. J’ai de la ressource, j’accélère sachant que je n’aurai pas à m’arrêter avant la nuit prochaine.

Samedi 13h40, Maïdo Tête dure, 113km, 7500m D+, 5600m D-, j’ai fait une super montée en reprenant 1h sur la BH, c’est gagnée je sais que je vais aller au bout.

Je reste quand même prudent afin de ne pas me blesser. Pour l’instant, à part ma petite douleur au genou droit, je n’ai aucun problème musculaire ni aucune ampoule.

C’est parti pour 15km de presque descente avec pas mal de Mafatage quand même le long du grand bord du cirque de Mafate.

Samedi 17h31, Ecole Sans Souci, 2e base de vie. Comme pour Cilaos, j’enchaine la Douche, La nouvelle tenue, le Massage perso (Encore un grand merci à mes kinées) et le repas chaud.

Je repars en compagnie de Charlotte et Clémence sur 1km à la frontale car j’attaque la 3e nuit. Sur le topo, cette 3e partie du parcours peut sembler moins dure, que nenni !!

D’abord il faut franchir la rivière des galets en sautant sur des gros cailloux espacés d’1m. Mon prédécesseur, qui semblait avoir perdu quelques moyens, en profite pour s‘étaler de tout son long dans la rivière, ca fait plaisir quand on vient de changer de tenue. Il ressort de l’eau entièrement trempé de la tête au pied en passant par le sac à dos !!

Ensuite on enchaine des montées et descentes sur des chemins très techniques, très raides…rien n’est facile sur le Grand Raid.

Samedi 22h02, je pointe enfin au chemin Ratineau, mes camarades de voyage me disent que la suite jusqu’à La Possession est du même tonneau. Même pas peur, je reste avec mes compagnons de galère, c’est mieux de ramer à plusieurs.

Samedi 00h50, La Possession, je retrouve les filles qui ont acceptées de me suivre toute la 3e nuit. Je mange léger et je leur dit que je dois absolument dormir 1h, c’est ma 3e nuit blanche et je ne tiens plus les yeux ouverts.

Je trouve un lit dans une tente, je règle mon réveil pour 2h du mat et je m’endors instantanément.

1’ après je me réveille, je regarde le réveil, il est déjà 2h…je viens de dormir 1h sans le voir.

J’ai la tête à l’envers mais je sais que je dois relancer la machine pour les 25 derniers km.

Après le dodo, j’ai toujours 1h45 d’avance sur la BH, Very Good.

Les filles qui m’ont attendues et qui sentent que je suis à l’ouest m’accompagnent sur le plat jusqu’au début du fameux chemin des Anglais.

C’est quoi ce chemin de M.. ? Ça monte très raide sur des espèces de cailloux noirs posés dans tous les sens, on saute de cailloux en cailloux, sans qu’un pas ne ressemble au précédent. Même ici les Anglais ne nous aiment pas !!

On va devoir passer 3 ravines avant d’atteindre la Grande Chaloupe. Je n’arrive même pas à décrire la dernière descente sur la Grande Chaloupe tellement j’en tremble encore !!

Samedi 4h28, Grande Chaloupe, je cherche les filles pour changer mes piles de la frontale et me faire le plein d’eau…Personne. Malgré le chemin difficile, j’arrive avec 1h d’avance sur la prévision du chronométrage. Je les appelle, elles ne m’attendaient pas si tôt. Je mange un peu le temps qu’elles arrivent, elles s’occupent de moi au petit oignon et je repars avec en point de mire la dernière grosse montée vers le Colorado.

Je redémarre avec la dernière partie du chemin des Anglais. Charlotte et Clémence m’accompagnent sur quelques mètres mais elles voient rapidement la galère que c’est et font très rapidement demi-tour.

RDV au stade les filles !! Encore merci pour votre aide.

Au bout d’1h le jour se lève, je sens la fin proche et j’ai la larme à l’œil. Je rattrape un « Bourbon » qui va m’amener en papotant tranquillement jusqu’à la dernière montée juste avant le Colorado.

Il reste 6km mais c’est toujours très dur. Le dernier kilo avant le Colorado me fait très mal, j’ai presque des crampes dans les deux mollets, je suis obligé de baisser de rythme pour ne pas rester bloqué.

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Samedi 7h41, Colorado, OUF, il me reste 4,6 kilo de descente, pour l’instant c’est sec, je vais rester prudent et prendre du plaisir comme me l’a conseillé JLM.

Le début de la descente est génial, pas très roulant mais sans risque. Petite douleur sous le pied gauche, peut-être une ampoule que je vais vite oublier. Je profite des quelques points de vue sur le Stade de La Redoute ou le ferveur monte et me donne des frissons. Je laisse passer quelques fous plus alertes.

C’est juste avant la partie caillouteuse délicate que s’invite une petite averse rendant les cailloux très glissant.

Même pas mal au moral, les cailloux sont mes amis, j’en profite pour en essuyer quelques-uns avec mes fesses.

La chaleur monte, la fin du chemin est proche, un dernier pointage est effectué pour prévenir au Stade de l’arrivée imminente des coureurs…

J’arrive sur la route, le public acclame chaque coureur, Charlotte arrive la larme à l’œil, je lui demande s’il n’est pas encore midi, elle me dit qu’il est 9h30…Papa t’es à l’ouest !!

Je vais finir en marchant jusqu’au stade en profitant un maximum de toutes les félicitations et en tenant par la main mes coéquipières qui ont tant fait pour cette réussite.

Samedi 9h35, 168km, 9770m D+, 9750m D-, au bout de 59h35, on passe la ligne d’arrivée 1722e tous les quatre les mains levées dans le plus grand des bonheurs.

Merci aux Taras, Amis et Collègues pour tous vos messages et votre suivi sans faille, sans votre soutien je ne sais pas s’il était possible d’aller au bout.

Merci à Thérèse, Charlotte et Clémence pour votre assistance, votre implication et surtout vos massages sans lesquels il ne me semble pas possible d’être Finisher du Grand Raid.

Je suis allé au bout du bout et j’ai SURVECU !!

Si vous voulez vivre cette Diagonale 2018 de l’intérieur, voici la vidéo de Pascal MARTIN dossard 1678 (Super reportage, merci Pascal !!) : https://www.youtube.com/watch?v=zw7e3ulvJBs

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